Archive pour avril, 2009

Schoubert, profession…pianiste!

par Eric Boldron 

(paru dans Paris-Montmartre n° 13-73 décembre 2008 et n° 13-74 mars 2009)

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  Avec un tel état civil, on devine que Jean Schoubert «connaît le refrain», mais n’en rajoutons pas! L’humour, de toute façon, est chez Jean Schoubert une seconde nature. Avec cette double vocation, on ne sera donc pas surpris en regardant son parcours. Mais n’attendez pas ce personnage par la porte principale, vous allez le rater…Ce «pianiste de stars» cultive son talent à contre-sens, celui de l’imprévu, un autre talent, chez lui, très naturel…Quand on le voit déambuler l’avenue Junot de son habituel petit pas pressé, courant encore et toujours à ses activités musicales, il nous fait penser à une sorte de professeur un peu rêveur et distrait, sorti d’une œuvre de Hergé ou d‘une pellicule de Méliès. Et ceci donne évidemment l’envie de le suivre. En ce cas, ce n’est plus seulement un rendez-vous avec la grande histoire du spectacle parisien, qui nous attend. C’est la rencontre avec ce que les anciens appellent «toute une époque!». Voici quelques épisodes de ce que Chaplin aurait appelé «une vie à sketch» !

Schoubert fait de la danse!

Le médecin de la famille Schoubert dit un jour au papa, un émigré russe, chauffeur de taxi, comme le veut la tradition: «Il est un peu chétif, ton petit Jean, il devrait faire de la gym!»

Mais quand le petit Jean, va au gymnase, c’est par la porte, très détournée, de l’école de danse. Et le voilà, rare garçon parmi les apprenties ballerines dans son premier rôle artistique… L’ange malicieux, encore très gamin, qui veillait déjà sur Schoubert, était bien inspiré, ce jour là, pour envoyer un pareil élément sur une piste de danse…A cette époque, Jean est déjà très myope … A son premier spectacle, privé de ses lunettes, il perd sa partenaire et en dépit des signes désespérés qu’elle fait pour qu’il la rejoigne, il continue de la chercher à l’aveuglette du mauvais côté de la scène…

Visiblement, la danse n’est pas son truc, et pourtant… Car l’anecdote est trop belle pour s’arrêter là. Schoubert retrouvera, des années plus tard, deux de ses petites partenaires de l’époque. L’une était devenue Mme Bienvenue, secrétaire de l’école de danse de l’Opéra de Paris, l’autre était Claude Bessy la célèbre danseuse-étoile devenue directrice de danse de la prestigieuse institution. Et Schoubert? Il sera pianiste à l‘école de danse de l‘Opéra…

Françoise, ex-danseuse et épouse de André Diot – l’homme aux quatre Molière – s’en souvient encore: « Nous aimions quand c’était lui qui jouait… Il nous donnait l’envie de voler!»

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Jean Schoubert avec les petits rats de l’Opéra.

 

Le Führer à Montmartre!

 

Schoubert est un vrai Montmartrois. Il a vécu la Butte des pavés en bois, des laitiers, des charbonniers qui livraient encore en charrettes à chevaux… Il y a vécu les années noires de la guerre. C’est pendant les bombardements qu’il passe son Certificat d’Études, avec sa classe, dans une cave de la rue Ferdinand Flocon. Dans une telle situation, l’Académie se devait de n’être pas trop regardante. Ils ont tous été reçus!

Curiosité, inconscience? Ca lui ressemble bien. Ce jour là, Jean Schoubert n’a pas obéi à l’autorité allemande… Des véhicules dotés de hauts-parleurs remontant la rue Lepic avaient ordonné aux riverains de s’enfermer chez eux, de fermer les volets et de ne regarder dans la rue sous aucun prétexte. Les militaires allemands tiraient sur tous ceux qui n’obéissaient pas… Schoubert a regardé quand même… Écartant légèrement le volet , il voit, dans le bruit assourdissant d’une impressionnante escorte de motos et d’automitrailleuses allemandes, le Führer, Hitler en personne remontant la rue Lepic a l’arrière d’une Mercedes décapotable…

Cet épisode sera oublié ce jour de août 1944 quand Schoubert montera sur les barricades Caulaincourt-Clichy, lors de la libération de Paris.

Deux ans plus tard, il est 1er prix de conservatoire en compagnie d’un autre élève appelé Michel Ponareff, qui réapparaîtra un peu plus tard, au cours des années « beatnik », sur les marches du Sacré-Coeur.

 

Schoubert perturbe le défilé!

Sous les drapeaux à Vincennes, Schoubert est affecté – on l’aurait parié – à la musique… aux cymbales!… Lors de la parade du 14 juillet 1950 sur les Champs-Elysées , il perd une cymbale en plein défilé!… L’objet est récupéré, aussi discrètement que possible, par un sous-officier. Mais on ne rigole pas avec le matériel militaire. Cette faute professionnelle vaudra un blâme sévère à son auteur.

« Rodéo pour piano » sur le paquebot « Liberté »

De formation classique, Schoubert découvrira le jazz et New-York, en s’embarquant sur le paquebot Liberté, où il est pianiste dans l’orchestre de bord. Mais Schoubert a le mal de mer. C’est comme pour la danse, le bateau n’est pas vraiment son truc! Cette fois c’est le piano qui danse, au gré de la houle. L’instrument échappe à son malheureux pianiste qui rame désespérément pour en garder le contrôle. Arrivé, non sans soulagement, sur la terre ferme, Schoubert débarque, définitivement guéri des croisières, à la recherche d’horizons et de pianos plus stables. C’est au Sully d’Auteuil qu’il les trouvera … Croit-il!

Rencontre avec Fernand Raynaud

Nous sommes en 1953… Bals populaires, entractes de cinémas, brasseries, cabarets… Jean Schoubert se fait, sur la terre parisienne un itinéraire déjà digne d’un vrai routier du spectacle…

A Montmartre, on le voit « Chez ma Cousine » , ou au « Tire-Bouchon », en compagnie de Bernard Dimey. Chez Patachou, déjà « coupeuse de cravates », il accompagne régulièrement Jean-Claude Darnal. Ce jour-là était présent un chanteur débutant, s’accompagnant à la guitare. Ce dernier souffla à Jean-Claude Darnal: «Si tu n’avais pas eu un contrat avec lui, je te l’aurais piqué, ton Schoubert». Jean Schoubert venait de manquer celui qui était en train de devenir le grand Jacques Brel.

Pour les fêtes de fin d’année, le Sully d’Auteuil avait engagé l’humoriste Fernand Raynaud complètement inconnu encore. La rencontre se fait dans la sympathie. Fernand dit à Jean: «Je fais l’andouille, je chante une chanson puis je fais un numéro de mime… Tu n’auras qu’à me suivre au piano…». Pas de partition. Pour toute répétition, Fernand Raynaud chantonne une vague mélodie: «T’es un peu belle mignonne» que Jean capte tant bien que mal… L’inquiétude tombe vite. En scène, Fernand Raynaud est drôle et Jean Schoubert assure dans un style ragtime a la manière effrénée des pianistes du burlesque. Le duo improvisé est vivement applaudi par le public et félicité par le patron du Sully… Ce soir-là, Fernand Raynaud quitte Jean Schoubert en ces termes: «Si un jour ça marche pour moi, je te prendrai comme pianiste».

Il tiendra parole…

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 Jean Schoubert et Fernand Raynaud.

 

Première scène devant… le président de la République!

Fernand Raynaud devient très vite populaire.

Ce jour-là, fébrile, Schoubert pousse pour la première fois la porte des 3 Baudets, près de la place Blanche. Cet endroit qu’on appelle à juste titre, le tremplin du music-hall, est orchestré par un grand professionnel, Jacques Canetti. Cette scène légendaire voit passer successivement les Frères Jacques, Juliette Gréco, Mouloudji, Catherine Sauvage, Georges Brassens, Jacques Brel, Félix Leclerc, Raymond Devos…

Fernand Raynaud a, ce jour là, appelé Schoubert, mais sans rien lui préciser. On doit juste répéter aux Trois Baudets, c’est tout… Jean Schoubert et Fernand Raynaud sont programmés avant Philippe Clay, accompagné d’un pianiste bègue-zozoteur qui déjà, déclenche l’hilarité dans les coulisses, un certain Darry Cowl… Mais Fernand, inconscient de l’inquiétude de son pianiste non préparé , discute avec les artistes, oubliant complètement la répétition… Tout à coup, sans plus d’explications, Fernand embarque Schoubert dans sa Ford Vedette et ils filent au Palais de Chaillot. C’est là qu’ils vont se produire! Il y a des policiers partout! Schoubert apprend qu’il vont jouer pour un gala en présence du président de la République René Coty! Et ils n’ont même pas répété! Schoubert est paniqué… Lorsqu’il arrive en scène, mort de trac, il entame avec le seul morceau qu’il connaît du répertoire de Fernand: l’introduction de «T’es un peu belle mignonne». Mais Fernand se lance dans un registre complètement inattendu, très « musique de chambre »… Schoubert improvise, attendant le naufrage! Puis la puissance comique de Fernand Raynaud parvient à prendre le dessus et Schoubert, qui, il y a peu, luttait dans la tempête à bord du « Liberté » , en professionnel aguerri redresse la barre… C’est la fin du calvaire! C’est même surpris que Schoubert entend crépiter les applaudissements. Au moment où il croise le regard de Fernand Raynaud, ils éclatent tous deux d’un même fou rire, conscients d‘être revenus de loin…

Telle fut la première scène publique de Schoubert avec Fernand Raynaud… L’ange de la farce, une fois de plus, était son allié.

Mais avec un partenaire tel que Fernand Raynaud, ce n’est plus une tempête, mais un séisme que va devoir affronter Schoubert… Fernand se familiarise très vite avec cet outil encore artisanal qu’est la télévision française, avec son unique chaîne. Voilà le duo emporté dans le sillage de Jean Nohain et des « 36 chandelles ». Dans les coulisses de ce plateau incroyable, on y voit, attendant d’entrer en scène, toute une foule de figurants multicolores, des bretonnes en costumes traditionnels, des joueurs de binious, un « Louis XV » , une « Pompadour », des clowns, des chiens savants, des landais sur leurs échasses, et arrivant après, un Fernand Raynaud qui, avec un culot désarmant, n’attendant même pas son tour, s’empare de la scène, mettant le malheureux Jean Nohain, débordé, dans le plus profond des désarrois… Schoubert, complice devenu victime, connaîtra de nombreuses fois, lui aussi, ces déconcertantes situations. Suite aux improvisations et revirements fréquents de son « partenaire-star » , on le verra parfois venir en scène avec des costumes invraisemblables. Tel ce jour où Fernand, décidant brusquement de venir en scène en smoking, réalise que son partenaire, victime d’un de ces habituels malentendu, est habillé en Néron!

«Pianiste sur mesure, je me suis adapté à sa démesure…» dira Schoubert.

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Fernand et Jean: la détente avant le spectacle.

En 1956, la grande machine est en route C’est le temps des mythiques cabarets: le Port du Salut, l’Echelle de Jacob, la Villa d’Este, le Crazy Horse Saloon, les 3 Baudets

L’origine du »22 à Asnières »

Schoubert fut le témoin privilégié de ce qui inspira la plupart des sketchs de Fernand Raynaud. La peur chronique qu’avait Fernand de l’avion donna le sketch intitulé «le baptême de l’air». Le fameux «y’a comme un défaut» caricaturait ses éternels préoccupations vestimentaires… Et il y a bien sûr l’observation de ses contemporains qui allait créer la galerie de portraits composée de: Mlle Lelonbec, du caporal-chef de carrière, du cantonnier heureux, du «pauvre» paysan, des «bidasses», de la «sœur»…

Le « 22 à Asnières » n’était pas une idée originale de Fernand Raynaud… C’est justement à Montmartre, chez Plumeau, que son origine fut chaudement débattue à la fin d‘une soirée particulièrement bien arrosée

Sortant de chez Plumeau, rue Poulbot, il y avait là Fernand Raynaud, Jean Schoubert et l’humoriste Christian Mery. Ce dernier harcelait Fernand en ces termes:

« Fernand, ton 22 à Asnières, c’est une reprise de mon sketch «le Taxiphone» . Tu me l’as piqué!

– Tu l’avais déposé, demanda Fernand?

– Heu! Non!

– Parce que tu comprends, quand moi je l’ai déposé, personne ne m’a rien dit! »

Schoubert « racketteur » pour Guérini!

Un personnage aussi original que Schoubert devait bien, tôt ou tard, inspirer quelques idées à Fernand Raynaud. Le sketch «Le racket » est né d’une anecdote entre Schoubert et le célèbre gangster Antoine Guérini.

C’était à Marseille, près du cours Belzunce, où Guérini possédait le fameux restaurant de prestige, le «Versailles» où se produisait Fernand Raynaud. Pour faire une blague à un ami cafetier, Guérini demanda à Schoubert de se faire passer pour un racketteur. Schoubert releva le défi:

« Je ne viens pas pour boire mais pour vous protéger, fit Schoubert au cafetier, au départ vous donnez ce que vous voulez! »

L’autre, surpris, regarda Schoubert.

« Ne bougez pas, fit l’homme à son bar, je vais chercher ce qu’il faut »

Schoubert commença à pâlir, réalisant que l’autre pouvait revenir avec une arme… Mais Guérini, qui n’était pas loin, éclata de rire:

« C’est une blague, Schoubert est le pianiste de Fernand Raynaud…

– Je me disais aussi, il n’a pas vraiment le physique… » répliqua l’autre.

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Fernand et Jean Schoubert à Marseille

« Tonton, pourquoi tu tousses? »

Ce sketch fameux est directement inspiré d’une rencontre entre Fernand et le véritable «tonton» de Schoubert, un brave homme, hôtelier de son état, qui, téléphonant en présence de Fernand Raynaud, désignait Schoubert sous le nom de « Nono »(Jeannot). Schoubert, pour s’amuser, un jour qu’il conduisait Fernand, improvisa dans la voiture, à proximité de la frontière, un scénario au téléphone entre « Nono » et son «Tonton ». Il y était question d’affaires louches, trafic d’argent, passage de douane… Fernand, amusé allait peu à peu, sans rien dire enrichir la réplique, remixant le scénario à la sauce marseillaise, y rajoutant un brin de bicarbonate, un arrière-plan de mafia de quartier , remplaçant « Nono » par « Roro » …

Et un jour, au Casino de Pontaillac, Schoubert, à son piano, assista stupéfait, en direct, à la version « Fernand Raynaud » de sa propre histoire. Le succès fut immédiat! Le public, ne compris pas pourquoi Schoubert se leva de son piano avec un tel enthousiasme, ce jour-là, pour applaudir la prestation de Fernand .

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Fernand Raynaud dérape!

 

Et il y eu bien sûr les autres sketches, vengeurs, dénonciateurs, d’un Fernand Raynaud devenu corrosif… Ce qui était bien dans le ton des années 68.

Le sketch du douanier-qui-n’est-pas-un-imbécile n’avait rien à voir avec une réponse vengeresse à l’un de ces passages de douane un peu trop zélé dont étaient coutumiers Fernand et Jean…L’affaire est plus compliquée. Fernand était en voiture, accompagné de Schoubert et du comédien Michel Vocoret. Et, comme cela arrivait souvent, un automobiliste qui doublait reconnut Fernand Raynaud au volant. Commença un harcèlement à coup de grimaces et de pitreries, qui dégénéra en «si-tu-me-doubles-je-te-redoubles », qui dura pendant des kilomètres. Jusqu’à l’inévitable petite friction de pare-choc à un feu rouge! Coupant court à toute discussion, Fernand Raynaud, irrité, redémarra, plantant là son «admirateur».

Un procès s’ensuivit…Les témoins étant le « musicien », le « comédien », et, dans le box des accusés: le « grand comique » du moment, cela eut un effet médiatique attirant immédiatement le public et la presse . Ce ne fut probablement pas en faveur de l‘accusé. Le juge, excédé de cet afflux aussi inattendu que démesuré dans la salle d’audience, perdra patience et lancera: « Nous ne sommes pas ici au spectacle! »

Fernand Raynaud sera condamné.

L’automobiliste était douanier… Succédant au sketch du « douanier », un autre sketch vengeur verra la jour… Cette fois-ci Fernand Raynaud règlera ses comptes avec la justice dans « Le président ».

Après la mort accidentelle de Fernand Raynaud, sur la route de Clermont-Ferrand le 28 septembre 1973, Schoubert dira, « Il n‘aurait pas vécu vieux, je crois. Il était trop angoissé…» On sait en effet, combien ce mal n’épargne pas les grands humoristes…

Pierre Perret écrira à l’attention de Schoubert «Tu as partagé ses triomphes et assuré sa perpétuelle angoisse de se ramasser».

Cupidon chez Monique Morelli!

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Jean Schoubert et Colette Avril au Café de la Butte.  (Photo Kirsti Aasbø)

Fernand Raynaud, au temps où il venait souvent à Paris, trouvait pratique de venir répéter chez les parents de Schoubert, au 53, rue Lepic non loin de ce qui s’appelait alors le théâtre Maubel, rue de l’Armée d’Orient, où l’on présentait alors des opéras et des ballets.

Si ce lieu s’appelle aujourd’hui Théâtre Galabru, il a bien failli s’appeler, à cette époque, Théâtre Fernand Raynaud… En effet, celui-ci voulait l’acheter…

Schoubert, comme beaucoup de Montmartrois de l‘après guerre, croisa les seigneurs de la pègre du quartier Montmartre-Pigalle. Au 53, rue Lepic, il y avait ce restaurant où, une fois par mois débarquaient pour y faire un repas « familial », les grands gangsters qui avaient pour nom Pierre Loutrel -l’authentique Pierrot le Fou du gang des tractions- Émile Buisson, et aussi Jo Attia, qui trempa dans l’affaire Ben Barka. Jo Attia sera propriétaire du Gavroche, rue Joseph de Maistre et rachètera à Monique Morelli son cabaret de la rue du Chevalier de la Barre. Monique est un personnage qui comptera dans la vie de Jean Schoubert… et pour cause!

Ce soir-là, Monique Morelli chantait Aragon au Théâtre Récamier à Saint-Germain-des-prés et Schoubert devait l’accompagner au piano. Attendu rue du Chevalier de la Barre, Schoubert était encore à Lille. Il avait manqué son train et il n’y en avait pas d’autres. Il trouva bien un taxi mais il ne put le mener qu’à mi-chemin… Largué en pleine campagne, Schoubert parvint à arrêter un livreur de charbon qui le fit monter à l’arrière. Après cinq heures de route, il arriva enfin, plus noir qu’un mineur de fonds, chez Monique Morelli. C’est là qu’il rencontra la chanteuse Colette Avril.

L’ange espiègle, sous les traits de Cupidon cette fois, aura été ému devant ce prince charmant pas comme les autres. Colette Avril, épousera Jean Schoubert quelques temps plus tard en plein dans les bouleversements de 68.

Schoubert y militera d’ailleurs à l’École de Médecine de la Sorbonne en compagnie de Maurice Fanon.

Avec Fanon…

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Jean Schoubert et Maurice Fanon

 

Les inconditionnels de Maurice Fanon, sur scène, se rappellent encore, ce dernier encourageant son pianiste d’un «Va, mon Schoubert!» pensant peut-être qu’il s’agissait là d’un comparatif flatteur, sinon impertinent, avec le génial compositeur de la «Truite»…

Mais ce soir de décembre, à Asnières, où ils étaient attendus, pas de Fanon, pas de Schoubert!

Elyette, les vit débarquer dans son bar «Au Rêve», rue Caulaincourt, avant le spectacle. Histoire de tuer le trac, les verres défilaient. Schoubert inquiet regardait la pendule: « Il faut y aller, Maurice! ». Mais Maurice devait avoir un très gros trac ce soir-là: «Encore un coup pour la route!» Le temps passait… Schoubert désespérait… Il ne parvenait pas à décider Fanon: «Cette fois, il faut vraiment y aller, Maurice!».

Ca devint urgent… Puis hyper-urgent…

«On devrait déjà y être, Maurice!». Maurice avait fini par oublier son trac, il avait même oublié qu’il avait un spectacle… Ils n’arrivèrent jamais! Ils restèrent chez Elyette, qui les vira quand la pendule incrustée de nacre indiqua , l’heure de la fermeture!

A Asnières, il fallut rembourser les places…

Des partenaires, des anecdotes, il y en a dans la vie de Jean Schoubert! On n’a pas encore cité Barbara, Ricet Barrier, Guy Béart, Romain Bouteille, Bob Christian, Datzu, Pierre Doris, Jean Ferrat, Serge Gainsbourg, Bernard Haller, Bobby Lapointe, Pierre Louki, Colette Magny, Georges Moustaki, Catherine Sauvage, Anne Sylvestre, Henri Tachan, Pierre Vassiliù…

La musique est à tout le monde, Schoubert joue aussi pour les prisonniers de Fleury-Mérogis.

Jean Schoubert a fait un livre sur Fernand Raynaud*. Pierre Perret, qui l’a préfacé, a écrit: «Ami Schoubert, tu es le revers d’une médaille d’or étincelante… ».

L’auteur des « jolies colonies de vacances » et de « Lili » a ainsi par cette très belle formule clairement exprimé toute la valeur de ces artistes dits « de l’ombre », travaillant à mettre les autres en lumière. Un revers, une face cachée fait du même or, et qui s’est donné comme mission de faire briller l‘autre face. Bien joué, mon Schoubert!

Eric Boldron

* Fernand Raynaud par Jean Schoubert, éditions Flammarion.

 

 

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 Jean Schoubert, Nawel Sabri, Didier Prat, Colette Avril: soirée chanson  au « Rêve ».  

 

 

 

Publié dans:Non classé |on 12 avril, 2009 |7 Commentaires »

Elyette… « Madame Rêve »!

par Eric Boldron

paru dans Paris-Montmartre n°13-74 mars 2009

Photos Bénédicte Delamain

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Elle voulait une sortie discrète, on ne l‘a pas écoutée.

Ce soir du 20 décembre 2008, une foule impressionnante bloquait la rue Caulaincourt et il n’y guère que les gens du quartier nord de Montmartre qui savaient pourquoi. Pour ceux-ci, ainsi que pour beaucoup de montmartrois de tous horizons, il ne fait aucun doute que l’événement 2008 s’est passé au « Rêve ». On avait bien craint quelques larmes, ce fut exactement le contraire. L’esprit était à la célébration d‘un événement marquant: Elyette, la dernière « bougnate » du quartier a tiré sa révérence en beauté… Et dans la joie, ce qui est bien dans l’image du personnage… et de son enseigne!

Très dure cependant la dernière ligne droite! Pas vraiment à cause de l’appréhension des derniers jours, mais surtout pour le travail qu’Elyette a dû assurer ces derniers mois, fidèle à elle-même, pour satisfaire tout ce monde à la fois. Entre les derniers services-restaurants du mercredi, déjà complets un mois à l’avance, puis les petites fêtes décidées en son honneur, comme son intronisation, le 8 décembre par la Commanderie du Clos-Montmartre, venaient tous ceux qui ont voulu, en décembre, fêter, une dernière fois au Rêve leurs anniversaires, rien que pour la joie d’être servis par « elle ». Ils ont bien failli l’avoir à l’usure. Mais, elle garda la tête haute, elle en avait vu d‘autres!…

Il aurait été fier, le père Planchon… Cet endroit qui fut son Rêve, à lui…

Etienne Planchon, le père d’Elyette , arrivé depuis 1926 de sa Lozère natale, bosseur acharné, et fort de son expérience professionnelle au cœur des milieux « bougnats » parisiens décida, en 1955 de prendre les commandes du Rêve. Élyette avait 11 ans. La saga des Planchon était commencée. Etienne, forte personnalité – c’est de famille – se fit vite un nom à Montmartre. Le « Rêve » déjà auréolé de légende de par sa position sur la Butte, puis de par les personnalités qui le fréquentaient était un endroit déjà très populaire. Simenon, en 1924 s’y installait pour écrire, tandis qu’en face, la « foire aux croûtes » de Depaquit animait la place Constantin Pecqueur. Alors que peu à peu, disparaissait le maquis de Montmartre, apparaissaient Céline, Gen Paul, d’Esparbès comme les éclaireurs de tout un défilé d’artistes de tous bords, qui vont devenir les « réguliers » du Rêve.

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Elyette Segard-Planchon

Elyette, qui est une encyclopédie d’anecdotes, nous raconte qu’au tout début du XXe siècle, cet endroit était une crèmerie qui fut transformée en bar. Le mot « Rêve » viendrait du fait qu’on y servait de l’absinthe, dont les effets « planants », disait-on, menaient parfois à la folie. Quand l’absinthe fut de nouveau autorisée en 1988, Elyette, pour la tradition, ne manqua pas de la rétablir dans son bar.

Vite familiarisée avec les « piliers » des lieux, la très jeune Elyette comprendra vite, en grandissant, qu’elle vivait dans un environnement pas comme les autres. Quand elle eut l‘âge d‘aller danser, ses parents soucieux de sa protection, lui collèrent comme chaperon, l‘une de ces « figures locales » Jean Millien, dont les «coups de gueules », malgré sa disparition, semblent résonner encore sur la Butte. Rue Fontaine, au détour du Bus Palladium, il faisait tellement peur aux cavaliers d’Elyette qu’elle avait bien du mal à se trouver un partenaire…

En 1962, après le décès de sa mère, Elyette se voit de plus en plus mobilisée au bar où elle doit aider son père. Mais le pauvre père Planchon ne survivra pas longtemps à la disparition de son épouse. A 18 ans, Elyette, devenue chef de famille, son jeune frère à sa charge, devra sa chance, à la protection des amis, très influents, de son père, dont le commissaire Farges. Bien que la majorité légale soit à cette époque, 21ans, elle obtient une autorisation spéciale et devient l’une des plus jeunes patronnes de bistrot sur le territoire national. En dépit des jalousies que cela suscite, Elyette assure avec courage, faisant tout dans l‘établissement, y compris la cuisine. Heureusement, elle est soutenue encore et toujours par des amis plein d’idées: Pépito et ses enchères improvisées, la fameuse « Ginette », du restaurant voisin, qui lui envoie ses clients pour l’apéritif, son ami Marcel Aymé, qui acceptera d’être le témoin de son mariage avec Pierre dit « Picsou ». Mais Marcel Aymé meurt quelque mois avant l’évènement. Picsou, qui est surnommé ainsi parce qu’il travaille à la banque, deviendra désormais, en marge de ses activités, son partenaire précieux dans ce métier difficile. « Je n’aurais pas tenu le coup sans lui !» dira-t-elle souvent…

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Elyette et Pierre, dit « Picsou ».

Riche carrière, puisque Elyette aura connu successivement les premiers peintres qui « firent » la Place du Tertre, comme Van Mulder. Elle aura connu les artistes des studios Pathé-Cinéma de la rue Francœur. Aux Damia, Marie Marquet, Jean Marais, Georges Geret ont succédé Marcel Bluwal, Danièle Lebrun, Bérangère Bonvoisin, Agnès Bihl, Gérard Maro, Fabrice Luccini, Jean-François Balmer, Cécile de France, les gens de la Fémis, les élèves des écoles de théâtre qui viennent, tard et nombreux casser la croûte après les cours. Elle aura connu les gens de la BD, surtout Golo, dont les dessins au mur ont illustré Élyette à chaque nouvelle décennie, et Claire Brétécher, sa copine. On y ajoutera toute la société des gens de la nuit, ceux qui partent le soir au travail, puis les noctambules, ceux qui n’hésitent pas parfois à traverser Paris, sachant que, quoi qu’il arrive le Rêve reste ouvert jusqu’à l’heure légale de fermeture. Elle aura vu se ici nouer des liaisons amoureuses comme celle, très discrète de Jacques Brel et de Suzanne Gabriello… Liaisons… Mariages… Il faut aussi parler des enfants, tous ceux qui se sont succédés aux écoles toutes proches de Constantin Pecqueur et Saint-Jean de Montmartre, qu’Elyette a vu grandir, devenir adultes, amenant à leur tour leur propres enfants. Ayant ainsi déjà connu trois génération à Montmartre, il est facile de comprendre pourquoi Elyette, aujourd’hui, connaît tout le monde…

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En 2002, ont lui décernait la Médaille du Mérite. C’était mérité!

En personnage bien de son temps, elle aura même relevé des défis pour le moins originaux. Les montmartrois du quartier ne sont pas prêts d’oublier, en 2008 cette image insolite d’Elyette parcourant la rue Caulaincourt à dos de chameau!

Le 20 décembre 2008, ce fut une vraie fête, sous le signe de la joie et de l’amitié… Le vieux téléphone à jetons, a encore pas mal fonctionné ce jour-là. Ici même les objets ont de la ressource! C’est comme la pendule! Elle était encore loin de marquer l’ « heure de la fermeture » lorsque les poulbots arrivèrent. Jacques Villa, qui avait bien préparé son coup, se précipita dehors, son papier à la main, et prit rapidement la direction de l’orchestre…

Il lut son poème et les poulbots lui donnèrent la réplique:

« Chers Elyette et Picsou, goûtez ces jours nouveaux,

Qui vous offrent sans freins un heureux avenir

Disposant l’un et l’autre d’une grande énergie

Nous vous imaginons volant de par le monde

Mais revenant toujours retrouver vos amis

En des lieux sympathiques qui ,sur la Butte abondent…

….. Final (partie chantée)

De votre belle cage écartant les barreaux

Bien vite vous décollez vers les deux hémisphères

Prenez-vous des avions? Prenez-vous des bateaux?

Alors là les amis, on n’en n’a rien à faire

Surtout amusez vous, aiguisez vos cultures

Mais en faisant les fous, évitez les bitures

Vive Elyette et vive Picsou

Revenez vous joindre à nous

Vive Elyette et vive Picsou

Et belle vie à vous!

Et belle vie à vous! »

En fait, il y eut tout de même quelques larmes à ce moment là. Tout comme quelques heures auparavant, quand Michou était venu saluer respectueusement la grande dame.

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Elyette, Michou, Picsou (photo Kirsti Aasbø)

Triste de partir, Elyette? Pas du tout! Puisque, comme le laisse entendre le poème, en dehors de petits voyages par-ci par-là, elle reste en ce cher Montmartre qui lui a tant apporté. On n’efface pas comme çà un demi-siècle de carrière au Rêve…

Le « Rêve » continue. Avec la bénédiction d’Elyette, c’est un autre Etienne, bien connu dans le quartier, qui succède aux Planchon. . Il est probable que, pour longtemps encore, l’expression: « On va boire un verre chez Elyette? », nous échappera. D’autres, ceux qui ont loupé un épisode, arriveront au Rêve, tout étonnés: « Quoi! Ce n’est plus Elyette? ».

Pas de problème! Le nouveau patron du « Rêve » sait très bien à qui il succède…

Elyette, bienvenue dans l’histoire éternelle de Montmartre!…

Eric Boldron

 

Publié dans:Non classé |on 12 avril, 2009 |6 Commentaires »

Le manège d’Amélie Poulain s’est refait une beauté

 par Jean-Manuel Gabert (paru dans Paris-Montmartre n° 13-67  juin 2007)

 p1010004b.jpg Eric Boldron

La première grande restauration du très cinématographique manège du square Louise Michel, dont les tableaux vénitiens, constamment exposés aux intempéries et -pis encore – aux rayons solaires, étaient menacés, vient d’être menée de main de maître par le décorateur, peintre et illustrateur Éric Boldron.S’il existe une vingtaine de manèges de ce type en France, deux seulement atteignent cette qualité de décoration. Et il, est le seul doté d’un plancher avec bancs et lampadaires. On peut donc affirmer qu’il s’agit d’un manège unique, qui nécessite un entretien rigoureux, ne serait-ce que pour le changement de ses lampes et ampoules: il en possède 2000!Reconstitution particulièrement fidèle des manèges du XVIIIe siècle, réalisé à la main par des artisans français, il est apparu dans de nombreux films mais c’est bien sûr le fabuleux destin d’Amélie Poulain qui a fait de lui une star montmartroise incontestable, charmant premier plan coloré au pied de la basilique, d’où s’égrènent les mélodies parisiennes mythiques.Il fait 16 mètres de diamètre au sol et 10 mètres de haut. C’est un manège à double étage de 70 places avec, surtout ces chevaux à hampes dits chevaux « sauteurs », qui sont la figure ancestrale du genre. Tout en haut, le lambrequin extérieur est illustré de paysages vénitiens, tandis que le dessous du chapiteau représente des paysages et scènes galantes dans l’esprit de l’école vénitienne du XVIIIe siècle. Les deux étages sont séparés par des médaillons décoratifs: en tout, c’est une cinquantaine de tableaux qui orne le manège, dont chacun vient d’être entièrement restauré par Éric Boldron, peintre de fresques, auteur de décors, spécialiste de l’art forain… que nos lecteurs connaissent bien puisqu’il illustre régulièrement la Rubrique Chansonnière de Paris-Montmartre.Lounis, le responsable, est ravi du résultat, et lorsqu’on lui demande si son cher manège n’est destiné qu’aux enfants, il s’exclame:

« Pas seulement! Il y a aussi les parents qui veulent accompagner leurs petits et partager avec eux ce moment. Mais nous y recevons aussi beaucoup d’adultes de tous âges, sans enfants, ainsi que de nombreux touristes, souvent des amoureux… Leur préférence va presque toujours aux chevaux!

« Tournez, tournez, bons chevaux de bois

Tournez cent tours, tournez mille tours

Tournez souvent et tournez toujours… » (Paul Verlaine)

Éric Boldron a créé de nombreux décors et fresques. A Montmartre, son village, il a réalisé les décors d’établissements tels que le Café de la Butte, Au Rêve, Les Copains d’abord, Ô Beau b’Art, Il a réalisé des décors de fête pour la foire du Trône, la Fête à Neu-Neu. Il est le concepteur du Manège impressionniste de la gare Montparnasse, ainsi que des superbes stands de la place d’Anvers évoquant le vieux Montmartre à la Belle Époque, qui ont malheureusement étés retirés après le réaménagement du boulevard.

Jean-Manuel Gabert

 

Publié dans:Non classé |on 12 avril, 2009 |2 Commentaires »

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