Jean Millien: itinéraire d’un enfant terrible…

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Jean Millien est né en 1918 dans l’Oise. Fils de boulanger, il part, après la séparation de ses parents, vivre avec sa mère à Prague où il étudiera les Beaux-Arts. Ce sera là le tremplin qui le conduira jusqu’à l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs de Paris d’où il sortira diplômé en 1939. Sa période « basque » sera ensuite son envolée vers le début d’un « âge d’or ».   Jean Millien a vécu à Montmartre de1947 à 1993.
Il est mort à 79 ans à la Maison des Artistes de Nogent-sur-Marne le 14 avril 1997, le jour même de son anniversaire.
  Dans l’esprit des habitants de la Butte, s’il a laissé le souvenir du peintre « des marines apaisantes » il aura en revanche marqué les mémoires en tant que « provocateur » ingérable et farceur.   Il faut tout de même citer  un évènement qui aura compté dans sa vie et son  oeuvre: la sismothérapie (électrochocs )  aux alentours de 1947.
 Au cours de sa vie, se dessinent 3 périodes où Millien, d’abord peintre aux couleurs fortes et au dessin très «expressionniste », deviendra le peintre de marines que l’on connaît.

1ère période – La période « basque »

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Biarritz (1942)

En 1939, il est déjà un jeune peintre plein d’audace. A peine sorti, diplôme en mains, des Arts Décoratifs de Paris, Jean Millien devient en 1941 l’un des fondateurs des “ Saltimbanques”, mouvement artistique qui dépasse largement le cadre de la peinture. Le noyau fort de ce groupe culturel qui marquera longtemps la Côte Basque est composé entre autre du peintre et graveur Robert Naly – qui amènera Millien à Montmartre – du maître-verrier Jean Lesquibe et plus tard, du romancier François-Régis Bastide.1945  voit  la   naissance de son fils Frank. Mais lorsqu’on est habité d’un pouvoir imaginaire aussi puissant et  fécond que Jean Millien, il y a fort à penser que son univers familial n’ait eu à en souffrir. Deux ans plus tard, Colette Mill, la mère de Frank, artiste elle aussi, le quitte pour s’installer avec son fils en Savoie. Jean Millien, en même temps que  Antonin Artaud a connu les services du Docteur Ferdière qui, on le sait, s’est penché de près sur le cas des artistes contemporains, du surréalisme jusqu’à l’art brut.  Les électrochocs, à l’époque s’ administraient  sans anesthésie. Le malade assistait aux préparatifs et en finale, le cerveau du patient était plongé dans un bain d’électricité. Il ne s’agit pas là de faire le procès de la sismothérapie qui, est toujours  pratiquée aujourd’hui dans des cas exceptionnels. Le traitement est administré à présent sous anesthésie générale et, comme toute opération sous anesthésie, il nécessite, fort heureusement, le consentement du  malade.  Si le Docteur Ferdière a cité longuement Antonin Artaud, il parlera également de Jean Millien  en novembre 1949 lors d’une conférence intitulée « L’art et le rêve face à la psychanalyse » Il  y rapporte les similitudes qu’il a décelé dans les rêves de plusieurs artistes et voit en Millien celui qui a su « apparenter humour et poésie »

2ème période: Le peintre «mystique»

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Décrire les conséquences des électrochocs sur la vie et l’œuvre de Jean Millien serait trop long mais on peut constater que l’expression de ce créateur, dont la critique salue depuis longtemps déjà la puissance incontestable,  va prendre des « couleurs » nouvelles.
 Est-ce une volonté de rétablir l’équilibre? Millien a visiblement prit un tournant mystique, car abondent dans son œuvre les valeurs religieuses ou symboliques. Celles-ci s’annonçaient déjà avec sa collaboration avec Lesquibe lors de réalisations de peintures et de vitraux pour des églises basques, dont la cathédrale de Bayonne. Il représente des « Vierge», des  Anges , des «  Christ » et des symboles caractéristiques tels que poissons, chevaux, colombes. On y ajoutera les portraits de personnages  dont la force créatrice l’aura sans doute influencé (Eluard, Bachelard, Villon…) Sa période « mystique » est très productive a en juger le nombre d’expositions et de salons auxquels il participe, appuyé en cela par une presse artistique particulièrement élogieuse.

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Gaston Bachelard, pour la revue « Combat », 1957.

3ème période – Le peintre de marines.

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Il faut noter un fait curieux: le docteur Ferdière avait, dans sa conférence de novembre 1949, où il était question de Millien, fait un rapprochement entre  «mer » et « mère ».1959  voit le décès de la mère de Jean Millien et aussi l’amorce d’un nouveau virage dans l’oeuvre du peintre. Millien avait vécu à Pragues une jeunesse plutôt dorée. Mais sa mère était un personnage tourmenté. Après 1959, il peint de plus en plus de marines. En 1960, au Salon de la Peinture à l’eau, l’œuvre de Millien a déjà atteint, dans tous ses paysages, un dépouillement très net. On sent notamment, à travers une recherche délicate et sensible de ses bleus, comme une volonté d’exprimer la mer comme un élément d’une valeur désormais essentielle, comme si l’eau – salvatrice – représentait pour lui l’ultime richesse de la terre.  Les belles et délicates marines de Jean Millien, qu’il produira en grand nombre, seront donc sa dernière expression de peintre. Peut-être n’avait-il plus rien à prouver ensuite, ayant réussi à trouver l‘essentiel. A la fin de sa vie il ne travaille plus. Le peintre fait le pitre! Ces périodes où Jean « s’éclate», sont entrecoupées – des mois durant parfois – de fortes dépressions. Car la vérité est là aussi: ce comportement cachaient un état dépressif que certains ont jugé parfois trop vite chez Millien.En règle générale, les Montmartrois du versant Caulaincourt, en dépit des extravagances de leur  « phénomène », l’aimaient bien. Lorsqu‘ils en parlent, ils témoignent toujours à son égard  de leur générosité, de leur humour, d’un noble sens de légèreté caractéristique à notre quartier. Pendant que l’on se souvient encore de lui, il nous semble que l’histoire de Jean ne devrait pas s’arrêter ainsi. A l’heure où la « Mélancolie » s’affiche au Grand Palais, tandis qu’au Musée d’Art Naïf, Halle Saint-Pierre, s’exposaient récemment les « Brésiliens en hôpitaux psychiatriques »  nous verrions avec joie  les  gardiens de cette culture picturale qui est tout de même l’une des principale richesse de la Butte, ouvrir à nouveau les portes à ce « poète disparu » . A quand donc l’exposition: « Hommage à Jean Millien », enfant terrible de Montmartre? Et pourquoi pas au musée de la rue Cortot?

Eric Boldron

 

 

 

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Remerciements:
A Frank Millien, Elyette Segard-Planchon, Nawel Sabri

 

 

 

 

  

 

2 commentaires à “Jean Millien: itinéraire d’un enfant terrible…”


  1. Ludyvine Millien 24 avr 2008 à 3:11

    De la même famille que cet enfant terrible dont j’ai quelque fois entendu parlé durant ma jeunesse, je suis heureuse d’en apprendre un peu plus sur sa vie. Je me suis souvent posée des questions sur lui en regardant le tableau, son tableau qui ornait le mur de ma chambre de petite fille. Une marine que j’observais et qui me faisait voyager dans mon univers d’enfant… des petits bateaux qui semblaient prendre le large et quittaient la côte… mon goût si prononcé pour les voyages viendrait-il de là??!! Une chose est sûre, j’ai un frère qui est né avec la même passion pour l’art du dessin et de la peinture. Il la vit différemment mais avec tout autant de talents! Grâce à mon frère, l’esprit artistique perdure dans la famille. Quant à moi, je continue d’admirer ce beau travail d’artiste.

  2. Christian Berthéas 18 fév 2009 à 20:12

    Aimerais avoir un contact avec Franck Millien fils avec qui j’étais aux Beaux Arts

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