Archive pour septembre, 2006

Jean Millien

 

par Eric Boldron 

  Paru dans « Paris-Montmartre » n° 13-62 - Mars 2006 

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Jean le Terrible et Eric Boldron au « Rêve », en 1988.

***

Il entra… “  dans un bruit de tempête ” aurait dit Jacques Brel. Car il ne savait pas entrer autrement. Mais nous n’étions pas à Amsterdam, et le personnage n’était pas marin. Nous étions à Montmartre! La tempête se prénommait “ Jean ”.

“ Fumiers d’Anglais! ” cria-t-il de sa voix fracassante, couvrant les grésillements d’une radio mal réglée qu’il cachait, quelque part sur lui.

“  Tiens! V’là ton idole! ” me dit, avec son accent de titi parisien le Gaulois, mon voisin de bar.

Si vous aviez vu l’allure de « l’idole »!

« l’Armée Rouge dans la rue Blanche! » hurla Jean Millien.

Imaginez un énergumène avec un blouson en toile bleue délavée, un béret à l’envers sur la tête, un short trop large révélant des jambes frêles avec des genoux cagneux, aux pieds d’énormes baskets pleines de peinture… et, pour compléter ce tableau déjà surréaliste, un pneu autour du cou!

Mon « idole» ! Le terme est bien sûr une métaphore pleine d’humour . Mais il est vrai que je n’ai jamais caché ma sympathie à l’égard de Jean Millien.

Aux gens de passage qui demandaient: “ Qui c’est, ce cinglé? ”, combien de fois ai-je été tenté de révéler le potentiel insoupçonné de ce personnage qualifié, souvent à juste titre, d’ “ insupportable ”. Mais il aurait fallu étaler les multiples étapes de son étonnant cheminement de peintre:

Citer les Beaux-Arts de Prague, les Arts Décoratifs de Paris, parler de son association d’artistes de la Côte Basque, des toiles que lui acheta l’état, de celle qui entra au musée d’Alger, de sa collaborations avec Robert Naly, avec lequel il développa de façon véritablement alchimique  sa science de la gravure et de la couleur. Il aurait fallu parler de ses autres collaborations, Paul Eluard, dont il fit le portrait, de sa rencontre avec Marcel Aymé, d’un portrait qu’il fit de Georges Brassens, lorsque celui-ci chantait à Montmartre, ou encore du père de Johnny Halliday qu’il hébergea dans son atelier, rue Caulaincourt, de Claude Nougaro qui le recevait avenue Junot….

Et tout à coup voilà notre Millien, toujours à la porte du bar, qui lève le poing et se met à beugler en allemand:

“ Ein Volk! Ein Reich! Frankreich! … Chirac! » (Un peuple! Une nation! La France! …Chirac!)

Jean Millien, anarchiste inclassable, se fichait complètement de la politique mais ce nom de Chirac, encore Maire de Paris à l’époque, avait un son qui lui convenait: ça déchirait bien le silence! Si on pouvait parler de silence, avec cette cacophonie radiophonique qui de toute évidence, émanait du pneu. Le Gaulois – un intrépide celui-là – osa interrompre notre héros en colère en lui demandant de baisser la musique. Jean Millien, l’air menaçant, le fixa, plongea la main dans le pneu… et … offrit le transistor toussotant au perturbateur avant de s’engager dans l’allée centrale du café.

“ Petit fumier, fit Millien en plissant les yeux .”

En fait, on ne savait pas trop à qui ça s’adressait, Millien arpentait les lieux en nous dévisageant l’un après l’autre.

“ Petit fumier! répéta-t-il deux fois encore ”

S’approchant d’une jeune femme, pas très rassurée, il sortit sèchement une rose du pneu et, sans quitter son rictus menaçant la lui offrit. Mais bientôt, le visage de l’ “ homme au pneu ” se métamorphosa en sourire radieux. Il entonna, la main sur l’épaule de sa nouvelle copine “ Bal, petit bal ” de Francis Lemarque. En version “ Millien ”, ça donnait:

“ Quand je t’ai connue,

Tu montrais ton cul,

A tous les passants… ”

Cela fit beaucoup rire la jeune femme. Mais déjà Millien s’était retourné, et avait repris son air “ terrifiant ”.

Le pneu était pleins de trésors. Jean offrit une boîte de pastels a un enfant attablé avec son père, un livre à une mamie, une boîte de clous à son conjoint… Il distribua ainsi toutes les autres babioles qu’il possédait, jusqu’à ce que le pneu soit vide.

Le Père Noël avait fini sa tournée. Il posa son pneu au pied du bar et commanda un verre de rouge.

Le Gaulois, allait partir. Au moment de payer: “ J’prend le verre du “ p’tit fumier ” dit-il en désignant Millien. Puis il sortit, oubliant sur le bar le transistor éteint.

Millien, silencieux, était accoudé au bar devant son verre. La nuit tombait.

C’était sa pause, en attendant d’aller “ terroriser ” un autre versant de Montmartre.

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« Oeuvre d’art mutilée par un abruti! »

Témoignage bien représentatif du personnage: un des acheteurs réguliers de Millien, furieux de subir ses « sales blagues », lui renvoya, lacérée, l’une de ses toiles. Millien rassembla les morceaux et en fit cette oeuvre originale que Elyette, du« Rêve » a toujours gardé.

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Publié dans:Non classé |on 6 septembre, 2006 |9 Commentaires »

Jean Millien: itinéraire d’un enfant terrible…

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Jean Millien est né en 1918 dans l’Oise. Fils de boulanger, il part, après la séparation de ses parents, vivre avec sa mère à Prague où il étudiera les Beaux-Arts. Ce sera là le tremplin qui le conduira jusqu’à l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs de Paris d’où il sortira diplômé en 1939. Sa période « basque » sera ensuite son envolée vers le début d’un « âge d’or ».   Jean Millien a vécu à Montmartre de1947 à 1993.
Il est mort à 79 ans à la Maison des Artistes de Nogent-sur-Marne le 14 avril 1997, le jour même de son anniversaire.
  Dans l’esprit des habitants de la Butte, s’il a laissé le souvenir du peintre « des marines apaisantes » il aura en revanche marqué les mémoires en tant que « provocateur » ingérable et farceur.   Il faut tout de même citer  un évènement qui aura compté dans sa vie et son  oeuvre: la sismothérapie (électrochocs )  aux alentours de 1947.
 Au cours de sa vie, se dessinent 3 périodes où Millien, d’abord peintre aux couleurs fortes et au dessin très «expressionniste », deviendra le peintre de marines que l’on connaît.

1ère période – La période « basque »

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Biarritz (1942)

En 1939, il est déjà un jeune peintre plein d’audace. A peine sorti, diplôme en mains, des Arts Décoratifs de Paris, Jean Millien devient en 1941 l’un des fondateurs des “ Saltimbanques”, mouvement artistique qui dépasse largement le cadre de la peinture. Le noyau fort de ce groupe culturel qui marquera longtemps la Côte Basque est composé entre autre du peintre et graveur Robert Naly – qui amènera Millien à Montmartre – du maître-verrier Jean Lesquibe et plus tard, du romancier François-Régis Bastide.1945  voit  la   naissance de son fils Frank. Mais lorsqu’on est habité d’un pouvoir imaginaire aussi puissant et  fécond que Jean Millien, il y a fort à penser que son univers familial n’ait eu à en souffrir. Deux ans plus tard, Colette Mill, la mère de Frank, artiste elle aussi, le quitte pour s’installer avec son fils en Savoie. Jean Millien, en même temps que  Antonin Artaud a connu les services du Docteur Ferdière qui, on le sait, s’est penché de près sur le cas des artistes contemporains, du surréalisme jusqu’à l’art brut.  Les électrochocs, à l’époque s’ administraient  sans anesthésie. Le malade assistait aux préparatifs et en finale, le cerveau du patient était plongé dans un bain d’électricité. Il ne s’agit pas là de faire le procès de la sismothérapie qui, est toujours  pratiquée aujourd’hui dans des cas exceptionnels. Le traitement est administré à présent sous anesthésie générale et, comme toute opération sous anesthésie, il nécessite, fort heureusement, le consentement du  malade.  Si le Docteur Ferdière a cité longuement Antonin Artaud, il parlera également de Jean Millien  en novembre 1949 lors d’une conférence intitulée « L’art et le rêve face à la psychanalyse » Il  y rapporte les similitudes qu’il a décelé dans les rêves de plusieurs artistes et voit en Millien celui qui a su « apparenter humour et poésie »

2ème période: Le peintre «mystique»

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Décrire les conséquences des électrochocs sur la vie et l’œuvre de Jean Millien serait trop long mais on peut constater que l’expression de ce créateur, dont la critique salue depuis longtemps déjà la puissance incontestable,  va prendre des « couleurs » nouvelles.
 Est-ce une volonté de rétablir l’équilibre? Millien a visiblement prit un tournant mystique, car abondent dans son œuvre les valeurs religieuses ou symboliques. Celles-ci s’annonçaient déjà avec sa collaboration avec Lesquibe lors de réalisations de peintures et de vitraux pour des églises basques, dont la cathédrale de Bayonne. Il représente des « Vierge», des  Anges , des «  Christ » et des symboles caractéristiques tels que poissons, chevaux, colombes. On y ajoutera les portraits de personnages  dont la force créatrice l’aura sans doute influencé (Eluard, Bachelard, Villon…) Sa période « mystique » est très productive a en juger le nombre d’expositions et de salons auxquels il participe, appuyé en cela par une presse artistique particulièrement élogieuse.

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Gaston Bachelard, pour la revue « Combat », 1957.

3ème période – Le peintre de marines.

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Il faut noter un fait curieux: le docteur Ferdière avait, dans sa conférence de novembre 1949, où il était question de Millien, fait un rapprochement entre  «mer » et « mère ».1959  voit le décès de la mère de Jean Millien et aussi l’amorce d’un nouveau virage dans l’oeuvre du peintre. Millien avait vécu à Pragues une jeunesse plutôt dorée. Mais sa mère était un personnage tourmenté. Après 1959, il peint de plus en plus de marines. En 1960, au Salon de la Peinture à l’eau, l’œuvre de Millien a déjà atteint, dans tous ses paysages, un dépouillement très net. On sent notamment, à travers une recherche délicate et sensible de ses bleus, comme une volonté d’exprimer la mer comme un élément d’une valeur désormais essentielle, comme si l’eau – salvatrice – représentait pour lui l’ultime richesse de la terre.  Les belles et délicates marines de Jean Millien, qu’il produira en grand nombre, seront donc sa dernière expression de peintre. Peut-être n’avait-il plus rien à prouver ensuite, ayant réussi à trouver l‘essentiel. A la fin de sa vie il ne travaille plus. Le peintre fait le pitre! Ces périodes où Jean « s’éclate», sont entrecoupées – des mois durant parfois – de fortes dépressions. Car la vérité est là aussi: ce comportement cachaient un état dépressif que certains ont jugé parfois trop vite chez Millien.En règle générale, les Montmartrois du versant Caulaincourt, en dépit des extravagances de leur  « phénomène », l’aimaient bien. Lorsqu‘ils en parlent, ils témoignent toujours à son égard  de leur générosité, de leur humour, d’un noble sens de légèreté caractéristique à notre quartier. Pendant que l’on se souvient encore de lui, il nous semble que l’histoire de Jean ne devrait pas s’arrêter ainsi. A l’heure où la « Mélancolie » s’affiche au Grand Palais, tandis qu’au Musée d’Art Naïf, Halle Saint-Pierre, s’exposaient récemment les « Brésiliens en hôpitaux psychiatriques »  nous verrions avec joie  les  gardiens de cette culture picturale qui est tout de même l’une des principale richesse de la Butte, ouvrir à nouveau les portes à ce « poète disparu » . A quand donc l’exposition: « Hommage à Jean Millien », enfant terrible de Montmartre? Et pourquoi pas au musée de la rue Cortot?

Eric Boldron

 

 

 

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Remerciements:
A Frank Millien, Elyette Segard-Planchon, Nawel Sabri

 

 

 

 

  

 

Publié dans:Non classé |on 6 septembre, 2006 |4 Commentaires »

Le retour de la Foire aux Croûtes de Montmartre

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Linda Altor de l’Atelier ALB était à la Foire aux Croûtes

*   *   *

2005, GRAND RETOUR DE LA FOIRE AUX CROÛTES

par Jean-Manuel Gabert (photos Jacques Habas)

(Paru dans Paris-Montmartre n° 13-6O octobre 2005)

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 Jean-Paul N’Guyen et les enfants de Montmartre.

 

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  Elyette Segard-Planchon (Au Rêve), Ludovic Lesage (Le Maquis), Eric Boldron et Nawel Sabri.

   C’est à l’initiative du peintre Honu (le nom d’artiste de Jean -Paul N’Guyen) et aux membres actifs de l’association Maquis’Art Montmartre, créée en juin 2004, dont le peintre-décorateur Eric Boldron, et la pharmacienne la plus passionnée, Nawel, que la Foire aux Croûtes a pu renaître de ses cendres à l’endroit même où elle était née en 1921, dans une version 2005, sans doute, mais bien enracinée dans l’esprit populaire et joyeux, artistique et loufoque des origines.Avec pour ce retour, des animations variées, une performance collective des artistes, et un concours de dessin ouvert aux enfants des écoles de Montmartre, sur le thème: « Dessine-moi ton Montmartre !» et des lectures de contes par Sylvie Loriquer de la librairie l’Attrape-Cœurs.

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Danièle Lebrun, (marraine de la Foire aux Croûtes), Eric Boldron,  Marcel Bluwal, Gérard Maro (directeur du Théâtre de l’Oeuvre et parrain de la Foire aux Croûtes), Elyette Segard-Planchon,  Nawel Sabri. 

  Associations, commerçant, riverains, écoles, artistes: tous ont répondu présent pour donner vie à ce beau projet bien arrosé par les champagnes Fleury, et il faut les en remercier.   Il s’agissait donc de faire revivre ce versant nord un peu oublié, un peu léthargique, et le pari est gagné… Voilà une association nouvelle, qui retrouve l’esprit authentique des grandes aînées , au temps de leur belle jeunesse.

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 La performance d’Exhal’Art.

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 Nagui, Nawel, Brice Moyse (Immopolis, partenaire de la Foire aux Croûtes), Danièle Lebrun, Laurence Goldgrab, Jean-Paul N’Guyen, Daniel Vaillant, Christophe Caresche, Brigitte Houdinière, Jean-Marc Tarrit.   

Le concours de dessin  « Dessine-moi ton Montmartre » avait été adressé à 7 écoles de Montmartre. C’est le CE2 de Mont-Cenis, sous l’impulsion de l’instituteur, M. Jacques Bachellerie qui a remporté le premier prix. Mais comme on aurait voulu les récompenser tous,   toutes les classes ont gagné des sorties culturelles offertes par le Musée de Montmartre, l’espace Dali, les cirques Bouglione et Moreno, les théâtres de l’Oeuvre et de Dix-heures, les Petits trains de Montmartre,, des animations performantes avec Eric Boldron et Clarence Gadda. Bravo à tous les « Maquis’arts »: le président Jean-Paul N’Guyen, Eric Boldron et Nawel Sabri, Alexandre Fauchon, et les autres pour cette belle idée bien réalisée.

 Jean-Manuel Gabert 

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  Toute l’équipe du jury du concours « Dessine-moi ton Montmartre! »

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*  *  *

2009: les  » Maquis’Arts » remettent ça! 

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Alexandre Fauchon, Jean-Paul Nguyen (Honu), Eric Boldron

Ressuscitée en octobre 2005, cette initiative du peintre Honu – de son vrai nom Jean-Paul Nguyen – et de ses acolytes, le peintre-illustrateur Éric Boldron, et Alexandre Fauchon, trésorier de l’association Maquis’Art Montmartre aura été dans le secteur Lamarck-Caulaincourt, l’un des évènements les plus populaires de ces cinq dernières années qui, mis à part les non moins populaires vides-greniers de Montmartre à la Une était, jusqu’ici, en mal d’évènements. Pourquoi? Cette jolie place Constantin Pecqueur, au début du siècle dernier, fut pourtant le théâtre des plus belles et des plus folles initiatives qu’ait connu le vieux Montmartre… Vous nous manquez, Poulbot, Depaquit, Frédé, vos et vos compères qui animèrent si bien ce quartier-clé de la Butte!.. Celui du maquis, des vignes, du Lapin Agile, de la rue Saint-Vincent…

.. Sa statue d’Eugène Carrière, son petit jardin public, sa fontaine en pierre – un hommage à Steinlen qui habitait en face… Lorsque tout a commencé, en ce mois d’avril 1920, il n’y avait encore rien de tout cela , sauf Steinlen en personne, peut-être. La place Constantin Pecqueur, telle une ultime relique d’un maquis de Montmartre à l’agonie, n’était encore qu’un parterre de jeunes marronniers… Montmartre, malgré son rattachement à Paris en 1860, revendiquait encore et toujours son indépendance…

C‘est là qu’intervinrent trois joyeux drilles qui avaient décidé, dans cette atmosphère un peu rebelle, qu’était cette pénible période d’après-guerre, de mettre le feu aux poudres d‘une façon tout à fait farfelue. Avec la joyeuse complicité d’un peuple montmartrois, qui, de toute évidence, n’attendait que ça, ils eurent l‘idée de ce canular invraisemblable: proclamer la Commune Libre de Montmartre, désormais séparée de l’État!… Qui étaient ces trois lascars? Frédé du Lapin Agile, Maurice Hallé, poète et directeur du bi-mensuel La Vache Enragée et Jules Depaquit dessinateur humoriste. Le plus sérieusement du monde, ils organisèrent, place du Tertre, des élections pour le moins inattendues: on pouvait voter entre autres pour la liste Cubiste de Picasso, Max Jacob et Cocteau ou encore pour la liste Dadaïste de Tzara, Breton et Picabia. On ne reculait devant rien: il y eut même une liste Antimontmartroise!.. Finalement, c’est la liste des Antigratteciellistes de Poulbot, du Père Frédé et de Suzanne Valadon qui l’emporta le 11 avril 1920, confortant de ce fait Jules Depaquit, comme 1er maire de la Commune Libre de Montmartre! Dernier rescapé des authentiques bohêmes de cette époque, maître en dérision et en ironie, le tout agrémenté d’un joyeux cynisme, Depaquit se proclama dans la foulée:  » père, maire, et dictateur inamovible « …Vêtu de sa redingote, de son chapeau haut de forme, d’une écharpe rouge et verte, et les pieds chaussés de sabots, il présidait avec dignité et drôlerie, les cérémonies organisées sur le territoire… Ainsi, c’est au 4 de la place Constantin Pecqueur, devenu siège social de la Commune Libre, que furent lancées les festivités: d’abord l’élection d’une Muse de Montmartre, suivie de nominations d’officiels, parmi lesquels: un capitaine de pompiers, énorme et casqué nommé Bibendum, un débonnaire et familier garde-champêtre, que tous appelaient Mon Oncle, un amiral, puis tout un lot de hauts dignitaires tout aussi colorés…Arrivèrent les compétitions et défilés: le concours du fumeur, la traversée de la Butte à la nage, l’inauguration de la pompe à incendie, la courses des cousettes, la course de la plume et du pinceau, la fête des gosses, que présidait Poulbot, la Corrida de la Vache Enragée …

 Montmartre ne s’ennuya pas sous Depaquit!

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 C’est le 17 avril 1921 que fut inaugurée la première Foire aux Croûtes… Ce marché aux tableaux, rigolard et libertaire, ponctué des animations les plus extravagantes, se tenait en plein air. Peintres et dessinateurs exposaient leurs productions place Constantin-Pecqueur, avenue Junot et rue Caulaincourt. Les tableaux étaient présentés sur leurs chevalets ou accrochés à des cordes tendues d’un marronnier à l’autre, ou sinon, posés à même le sol au pied des arbres.… La Foire aux Croûtes permettait, disait le slogan:  » … à tous ceux qui veulent bien mais ne savent pas, de vendre directement  leurs œuvres à l’amateur venu musarder sur la place « . Elle attira tant de monde qu’elle allait bientôt être suivie d’ une deuxième édition, le 5 juin de la même année…Devant ce succès, on la réitéra tous les trois mois. Par la suite, elle se tint à cet endroit jusqu’à six ou sept fois par an.

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Montmartre 1921: la place Constantin Pecqueur (au fond, la rue Caulaincourt) pendant la Foire aux Croûtes.

C’est pendant l’une des Foires aux Croûte de 1924, que Georges Simenon alors « conteur » pour Le Matin écrivit son premier récit populaire Le roman d’une dactylo, assis à la terrasse du  » Rêve « . Simenon se flattait de l’avoir écrit en une longue matinée, en attendant sa femme, qui exposait, juste en face, sur la place Constantin Pecqueur. Le peintre Jean Hélion, voisin de  » stand  » de Régine Simenon, nous dit comment Georges venait de temps en temps défendre avec une  » belle verve « , devant les passants, les œuvres de son épouse.

La Foire aux Croûtes se tint, sur la place Constantin Pecqueur, jusqu’à 1928,avant qu’elle ne s’étale vers les autres rues de Montmartre pour enfin aboutir, jusque dans les années 50 sur le boulevard de Clichy. Depuis, des Foires aux Croûtes plus ou moins importantes n’ont cessé de fleurir un peu partout en province. En 2008, la 19e Foire aux Croûtes de Brest, rendait même un vibrant hommage à Jules Depaquit en lui consacrant l‘évènement…

A Montmartre, sur la place restée vide pendant des années, les derniers témoins de ces temps révolus, sont les marronniers, aujourd’hui centenaires…

85 ans après, en 2005, quand, à la manière des trois mousquetaires de la Commune Libre de 1920, les trois « Maquis’Arts  » arrivèrent sur la place Constantin Pecqueur, dans le but de faire revivre l’initiative de leurs prédécesseurs, on les regarda avec une méfiance mêlée d‘incrédulité… Même les institutions hésitèrent…

 

Mais le miracle se produisit, les Montmartrois du versant nord, pas si amnésiques que ça en fait, accueillirent l’événement avec une chaleur qu’on n’espérait plus. Associations, commerçants, riverains, écoles, artistes tous répondirent présent, heureux de redonner vie à leur quartier! Le 8 octobre 2005, à l’endroit exact où était née la Foire aux Croûtes de 1921, plus d’une centaine d’artistes: peintres, photographes, musiciens, comédiens, et autres saltimbanques étaient présents. La version 2005 arrivait dans les sonorités joyeuses et décoiffantes de la fanfare des Beaux-Arts, suivies de musique non-stop, et saluée par les officiels dont l’animateur Nagui et Daniel Vaillant, maire du 18e, – un enfant du pays – qui s’étaient, pour l’occasion, un instant éclipsés de la Fête des Vendanges toute proche…

De plus, cette Foire aux Croûtes se distinguait par une nouveauté non négligeable: les écoles de Montmartre, qui exposaient, pendant ce temps, dans le square. Les artistes en herbe amenant leurs parents, on n’avait jamais vu, de mémoire de Montmartrois, le parc accueillir autant de monde. Musique , clowns, jongleurs, performances d’artistes, animation, tout était là. La version 2005, se révélait, dans ses couleurs contemporaine, une digne héritière de ses aînées… Et les peintres travaillèrent! Même ceux qui ne firent pas de grosses affaires dirent, à la fin: « C’était une très belle fête! Il faut la refaire! « 

 

Riche année que 2005, pour cette partie de la Butte, puisque la même année étaient lancées, les premières « Puces de la rue Caulaincourt » par Montmartre à la Une… Et depuis, ça continue…

          Quand on demande aux Maquis’Arts : » Qu’est-ce qu’il y aura pour la Foire aux Croûtes 2009? Ils répondent: «  De la peinture, de la musique, des animations, de la couleur, de la bonne humeur… On ne change pas une formule qui gagne… Et de la découverte aussi… Car chaque Foire aux Croûtes se renouvelle à travers un public, des artistes, des amis nouveaux qui nous rejoignent et nous soutiennent… Quand on pense qu’au départ nous n’étions que trois!… »Et Jean-Paul Nguyen, président de l’association Maquis’Art Montmartre de préciser:  » … Mais nous restons fidèles à la démarche des premières Foires aux Croûtes: réaliser avant tout une belle fête de quartier en compagnie de nos amis artistes et riverains… »

Éric Chartier

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Publié dans:Non classé |on 5 septembre, 2006 |3 Commentaires »

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